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Pseudo: Pascale PautratCatégorie: ArtDescription:
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Lundi 06 Mars 2006

 

 

                                                       PREAMBULE

 

 

            

     

J’avais acheté un petit appareil numérique, de qualité amateur.

L’infinie possibilité de gaspillage des images qu’offrait sa technologie, comme s’écroulait l’obstacle économique, la pellicule et le développement, m’avait encouragé d’emblée à prendre tout ce que mon regard rencontrait, sans souci rationnel de cadrage, de lumière ou de netteté. Je m’amusais, je tentais des expériences et, saisissant tous les accessoires à portée de main, je  malmenais  mon appareil ; je l’agitais, par exemple, avec différents flashes, et appuyais au hasard.

Rapidement, mon corps s’était retrouvé dans le cadre, puis devint à la fin sujet systématique.

Bien qu’encore inconscient de ma transformation à venir, j’entamais son exploration complète : à la manière d’une encyclopédie anatomique, je collectionnais mes jambes, mes cheveux, ma peau, mon visage  surtout, et n’évitait ni  la nudité ni les parties intimes.

 

 

 

Fin 2003,  je décidais d’entreprendre un protocole de changement de sexe et prenais mon premier rendez-vous chez un psychiatre spécialisé et, se disait-il, tolérant en la matière.

Le parcours (j’avais glané, ça et là, des informations avant mes premières démarches) devait se dessiner ainsi :

Le psychiatre d’abord, dont le rôle était d’estimer la cohérence de la demande (ce qui, en théorie, réclamait un a deux ans et qui, en réalité, me prit quelques mois) puis, le cas échéant, délivrer les autorisations nécessaires : prescription des hormones par un endocrinologue, demande de prise en charge par la sécurité sociale, chirurgie de féminisation faciale et corporelle.

 

 

 

Mars- Avril 2004, j’obtenais donc le sésame pour les hormones.

Je pris rendez vous chez une endocrinologue.

Un mois d’attente.

Consultation, enchaînée à une série d’examens médicaux.

 

 

 

De même que j’en gardais toutes les traces, l’échographie abdominale, la mammographie, les ordonnances, les bilans sanguins mais aussi les tubes de crème anesthésiante utiles aux séances d’épilation définitive, les photos médicales de mon visage, sorte d’évaluation structurelle pour la chirurgie esthétique, je conservais, par la suite, les plaquettes et les flacons d’hormones dont j’avais terminé le contenu et rangeais cela, méthodiquement, dans un grands sac de plastique blanc dissimulé sous mon lit.

 

 

 

Sur une eau claire et calme, au courant régulier, l’idée du journal avait fait surface.

 

 

 

Avec obsession et autodiscipline, je me prendrai en photo tous les jours, jusqu'à ce que j’estime la transformation achevée.

 

 

 

Cependant, il convenait mieux à mon goût de ne pas s’en tenir qu’à une manière clinique, le gros plan net, sans fard, conceptuel et paresseux, mais  puisque la féminisation serait lente et progressive (pousse des seins, affinement du grain de peau, changement de la répartition des masses graisseuses, tout cela timidement, jusqu’à l’acmé spectaculaire des interventions chirurgicales), je choisissais l’éclatement stylistique, pour rendre compte du fait autant que du moment, des variations mentales, siamoises des physiologiques.

 

 

 

Je fixais au premier jour où j’avalais des hormones, le point de départ.

Le point 0 de mon passage d’un sexe à l’autre.

 

 

 

Ce fut au matin du dimanche 4 juillet 2004, que j’entamais Journal d’une Transformation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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