FRAGMENTS DU NARCISSE INCARNE
Mon corps me préoccupe.
Je n’ai pas une conscience exacte de sa valeur.
Je voudrais son estimation érotique.
Je le trouve laid. Je le théâtralise.
C’est zombie et compagnie.
Je porte le deuil des éphèbes efféminés.
Travesti, vestiges à investir : on ne dira jamais assez
Tout le mal qu’il y a à penser de l’horrible nature.
Je le juge : fragments effarants dans la nuit clinique
Dos et torse, mains, jambes, cheveux,
L’ombre et l’ombilic.
Je m’aime, je n’y peux rien :
C’est la faute aux graphies !
Je me plais ou je me déplais
Pose haute, possiblement je m’hypnotise.
Mon corps est promis à la terre,
Nirvana des vanités.
A quelle heure vais-je mourir ?
Je ne sais pas mais ça je sais :
C’est dans l’eau que Narcisse se noie
Pas dans son reflet.
Une photographie ratée est quand même une image, comme le corps imparfait met à jour par soustraction ce que doit être la grâce : la beauté naît de l’absence ; elle est une supposition.
Comme une vision de vaste paysage
Des anges en langes noirs
Dans la fange des mares
Mirent les moires changeantes
De la chair et du soir
Et leur visage sur l’eau se penche
Comme au dessus d’une mangeoire